samedi 26 mars 2011

Le présent est toujours invisible (McLuhan)

Chacun peut constater la généralisation des écrans tactiles qui se sont tellement banalisés qu'aujourd'hui notre premier réflexe face à un écran est de mettre nos doigts dessus.
Mais à quand remonte l'invention de l'écran tactile ?

Ravi Sawhney qui travaillait, dans son jeune temps, à Xerox PARC écrivait le 23 mars 2011 dans fascodesign qu'il avait participé à son invention en 1979 en développant un ordinateur à écran tactile de 5"x7" et 16" de profondeur (13x18x40 cm).

Bill Buxton a immédiatement posté un commentaire pour contester cette date et faire remonter la naissance de l'écran tactile à 1972, soit 7 ans plus tôt et près de 10 ans avant la naissance du PC.


Il écrit : "The first touch screen that got traction was invented in 1972 by F.A. Ebling, R.L. Johnson & R.S. Goldhor at the University of Illinois".


Cet écran tactile équipait la quatrième généra-tion de l'ordina-teur Plato, le Plato IV.
Il faut savoir que les Plato étaient initialement des ordinateurs éducatifs pour les étudiants de l'université de l'Illinois. Le Plato IV avait un écran plasma orange d'une résolution 512x512 en bitmap et de 60 lignes de 180 colonnes en mode caractères. Les étudiants répondaient aux tests en touchant l'écran, la position du doigt était détectée par une grille 16x16 de récepteurs infrarouge autour de l'écran.

Ce qu'il faut retenir dans l'histoire que rapporte Ravi Sawhney, c'est qu'on ne perçoit jamais l'avenir d'une invention. Il déclare "I didn't realize that he was in the middle of a technological revolution... I truly couldn’t believe what I was seeing, and at the same time, I couldn’t fully comprehend how significant these devices would later prove in our daily lives".
Il illustre parfaitement ce que prophétisait Marshall McLuhan "le présent est invisible", je rajouterai même "l'avenir est imprévisible".
A l'époque pour Ravi, il s'agissait de créer des boutons qui affichaient de l'information, il n'a jamais imaginé qu'il travaillait à l'émergence des interfaces graphiques (GUI) et encore moins à la naissance de l'interaction tactile.
Ravi était totalement concentré sur des problèmes technologiques et n'imaginait nullement l'intérêt de l'interaction tactile. Plus édifiant, Xerox poursuivait son rêve d'une gestion de documents parfaite (éditique) sans s'apercevoir qu'il n'y avait aucune demande pour un tel projet.
La leçon que tire Ravi est que les prouesses technologiques importent moins que de comprendre les aspirations des consommateurs. En 1979, on recommandait de ne pas mettre ses pattes sur les écrans, en particulier la télévision, les consommateurs ne risquaient donc pas d'être séduits par un écran tactile.
Pour Ravi Sawhney, Apple est l'exemple à suivre car c'est la compagnie qui perçoit le mieux les futures demandes des utilisateurs.

Bill Buxton dans son commen-taire revient sur sa "théorie" du long nez de l'innovation (the long nose). La souris, inventée en 1964, a mis 30 ans à se généraliser sur nos PC et l'écran tactile, inventé en 1972, a mis encore plus longtemps pour connaître la gloire, 35 ans, avec l'essor des ordiphones tactiles en 2007 et des ardoises numériques en 2010.

Comme dit Bill Buxton : " the path to the future is deeply rooted in the past - the too-often unappreciated past, whose potential is sitting their waiting to be picked up and run with. With great technique, great design, great business chops, and great timing"

En français : "le chemin de l'avenir est profondément enraciné dans le passé - le passé est trop souvent méconnu, tout un potentiel existe qui n'attend qu'à être bien exploité en recourant à une bonne technique, un superbe design, un bon plan d'affaires et un bon timing".

dimanche 6 février 2011

To touch or not to touch: that is the question

Les principales entreprises des TIC (Microsoft, Apple, Samsung, Siemens...) imaginent nos futurs environnements peuplés de produits tactiles. Pour les 10 ans à venir, ils voient partout des écrans, des tables, des murs, des bornes, des téléphones tactiles.
J'utilise un nom pour caractériser cette tendance, je parle de tactilisation. Peu de produits interactifs y échappent.
Il ne faudrait pas que cette vague de fond cache une autre tendance de l'interaction, à la fois proche et conceptuellement opposée.
Proche, car il s'agit toujours de contrôler nos systèmes avec les mains, opposée car il n'est plus question de toucher mais d'agir à distance.
D'un côté, c'est du touch interaction, de l'autre du touch free.

Dans la vie courante, il est assez rare que le plus efficace soit de toucher les choses pour les contrôler, soit on est trop loin, soit on a les mains sales, mouillés, gantés...

Par ailleurs, toucher l'écran est, en termes de comman-des, bien pauvre, même si l'interaction multitactile permet d'enrichir la palette des commandes (zoom, défilement, rotation...).

eyeSight illustre, dans cette vidéo, (1min 40) l'apport d'une interaction touch free, une interaction gestuelle simple sans contact.

L'avenir sera probablement divers, selon le contexte, selon le système, il faudra choisir entre tactilisation ou gesticultaion.
Pour le concepteur To touch or not to touch: that is the question.

samedi 8 janvier 2011

Surface 2.0 : enfin une vraie table qui aussi n'est plus une table !

Chaque année en janvier, le CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas est l'occasion de se projeter dans le futur.
En 2011, le futur est peuplé de tablettes et de tables tactiles. On annonce une bonne centaine de tablettes et quelques tables, mais ne rêvez pas, beaucoup moins seront commercialisées.
En l'absence d'Apple, Microsoft en profite, avec raison, pour faire son show et présenter ses nouveaux produits.
Pas grand chose à dire du côté des tablettes, les modèles de Microsoft n'émergent pas dans l'ensemble des produits, c'est le même problème qu'avec les smartphones sous Windows phone 7. Si le buzz au CES est bien autour des tablettes, il ne concerne pas vraiment les tablettes sous Windows 7.
Ce n'est pas la même chose du côté des tables avec la présentation de Surface 2.0. Si quand on parle de tablettes, tout le monde pense à l'iPad (ça c'est pour avoir des commentaires enflammés des utilisateurs de Galaxy ou de Streak), quand on parle de table interactive, on pense surtout à Surface.
A mon avis Surface 2.0 n'est pas simplement une amélioration de Surface 1.0, c'est le produit qui devrait faire sortir les tables interactives de l'enfance.
Regardez là pour comprendre en quoi elle est intéressante :

La nouveauté, c'est tout simplement que Surface 2.0 est une table et ça change tout. La première version ressemblait à un gros cube rectangulaire (je sais, ça n'existe pas) qui ne donnait pas envie de s'attabler. Avec Surface 2.0, on va vraiment pouvoir se mettre autour, jouer, travailler ou manger dessus. Vos pouvez même prendre le thé dessus et le renverser, c'est une vraie table qui ne craint pas grand chose avec sa solide surface vitrée.
Il y a une autre nouveauté intéressante, c'est que Surface 2.0 n'est pas une table. Comme elle est bien plus mince, c'est devenue une surface qu'on peut accrocher au mur comme on le voit sur cette autre photo :

Du coup, tout un tas de nouveaux contextes d'application s'ouvrent, par exemple, le secteur médical.
Enfin, Surface 2.0 est aussi plus grande puisqu'elle dispose d'un écran LCD HD Samsung de 40'' (1 m) contre seulement 30'' auparavant. Là aussi, ça change tout, on n'est plus forcément face à face, en opposition, comme avant, on peut désormais collaborer ensemble côte à côte.

Pour voir toutes ces nouveautés, regardez cette vidéo (6min 30).

Surface 2.0 n'est donc pas simplement une table interactive, c'est une véritable grande surface (même si elle reste encore bien petite), ça c'est nouveau et c'est intéressant.

jeudi 16 décembre 2010

L'intérêt de Kinect, c'est aussi son détournement pour faire des appli gestuelles


Certains diront "encore un article sur Kinect".
Cette fois-ci, il ne s'agit pas de critiquer la jouabilité (gameplay) des jeux sur Xbox-Kinect, mais d'évoquer les détournements de ce dispositif par tout un tas d'amateurs éclairés ou d'équipes de recherche prestigieuses.
Je mets dans cette catégorie le groupe Fluid Interfaces du MediaLab (MIT).
C'est ce groupe qui a déjà réalisé Sixth Sense, on peut donc s'attendre à ce qu'il exploite astucieusement Kinect.
Leur projet actuel est d'utiliser Kinect pour surfer sur le web. Pour l'instant, comme le reconnaît Doug Fritz (cf. article de Technology Review), ils tâtonnent un peu et cherchent, comme tout le monde, les bons gestes de navigation. Ne connaissant pas les gestes de base proposés par Microsoft, ils se sont plutôt inspirés des gestes à la iPhone.
Sans doute que Microsofr n'imaginait pas un tel détournement de Kinect qui, pour quelques milliers de dollars (avec le logiciel), permet enfin à pas mal d'équipes de recherche d'imaginer simplement des applications à commandes gestuelles.
Pour l'instant, ça reste au niveau des preuves de concept, mais on peut parier que, comme Surface l'a fait pour le tabletop computing, Kinect va booster les recherches sur l'interaction gestuelle.
Un exemple est cette vidéo qui montre l'animation gestuelle d'une marionnette avec une Kinect, un portable et un vidéoprojecteur.
La grande question reste de savoir si les gens sont prêts à abandonner leur clavier et leur souris pour faire des gestes devant leur écran. Doug Fritz répond clairement oui. Pour ma part, je serai moins catégorique. C'est vrai que la souris, on l'a déjà remisée dans un tiroir avec les nouveaux pavés tactiles multitouch, quand au clavier, je vous laisse imaginer comment gester du texte. J'ai bien quelques idées sur la question, mais je n'imagine toujours pas écrire ce billet en m'agitant devant Kinect.

jeudi 9 décembre 2010

Le Graffiti Bar : un nouvel Interactive Bar à Tokyo

Un nouveau bar qui s'équipe de grandes surfaces interactives multitactile. Cette fois-ci c'est à Tokyo au Graffiti Bar.
On appelle ça un interactive bar.
Regardez cette très courte vidéo ou cette plus longue.

Au restau, vous avez certainement déjà constaté que la carte ne vous permettait pas toujours de bien choisir vos plats etvos boissons (à part dans les restau asiatiques où il y a des images) et que parfois, on s'ennuyait ferme à attendre le prochain plat. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi on attendait parfois si longtemps pour avoir un dessert qui ne demandait aucune préparation.

Je trouve qu'avec des écrans multitactile sur les tables, on pourrait apporter une solution à ces deux problèmes. On pourrait feuilleter une carte virtuelle qui ne serait pas que textuelle, avec des photos, des conseils, des recommandations... et on pourrait mettre des jeux (puzzle, quiz...) pour se divertir entre deux plats.

Je ne suis donc pas emballé par les vidéos du Graffiti Bar. Sur la plus longue, on voit une carte qui n'est que le pâle reflet d'une carte papier (autour de 2 min), elle ne présente aucun intérêt. Bien sûr, on tourne les pages à un doigt, mais comme sur tous les lecteurs de livres numériques, ça n'a vraiment rien de très innovant.
Quant à faire des traits ou écrire avec ses doigts, ça doit pouvoir amuser des enfants pendant quelques temps, mais ça ne vaut pas un bon jeu multijoueur sur la table.

L'initiative du Graffiti Bar reste intéressante, mais il va falloir se creuser davantage la tête pour que ces technologies soient plus intéressantes pour les consommateurs de bars ou de restaurants.

samedi 23 octobre 2010

L'IPod nano consacre le règne de l'interaction (multi)tactile




On peut voir dans la sortie du nouvel iPod nano une consécration de l'interaction multitactile (multi-touch).
Si cette forme d'interaction n'est pas nouvelle (cf. l'historique dressé par Bill Buxton), elle concernait surtout, des dispositifs d'une certaine taille.


Les plus petits sont des pavés taciles (tactile array sensor de 1981, trackpad d'Apple de 2007), arrivent ensuite des écrans tactiles (multi-touch screen des Bell Labs de 1984, écran multitactile 3M de 2009), puis, en grandes tailles, les tables interactives (Digital Desk de Xerox de 1991, table Surface de Microsoft de 2007) et pour finir les grandes surfaces tactiles (Multi-Touch Collaboration Wall de 2008, TouchWall de Microsoft de 2008).

Avec le nouvel iPod nano, le multitactile arrive sur un écran de 1,5 pouces de côté, soit 5 cm de diagonale.
Ne cherchez pas les boutons ou la roue cliquable (click wheel), il n'y en a pas. L'iPod nano se résume juste à un écran multitactile.


Toutes les commandes passent pas l'écran tactile, avec un seul doigt, à l'exception de la rotation qui se fait à deux doigts.
L'évolution de la gamme nano est assez intéressante à observer.
La click wheel a résisté pendant 5 générations, pendant 5 ans de 2005 à 2010. En fait, elle est apparue en 2004 sur l'iPod mini en remplacement de la touch wheel de l'iPod vesion 2002 qui remplaçait la scroll wheel du premier modèle de 2001.


L'introduction de l'écran multi-touch sur un iPod remonte à 2007 avec la sortie de l'iPod touch.
Le nouvel iPod nano ne retient que le meilleur en perdant sa roue et en ne gardant que l'écran multitactile.
L'écran d'accueil propose 4 "gros boutons" pour accéder aux listes de lecture, aux artistes, lancer ou arrêter l'écoute et créer une liste genius.

Toutes les commandes sont gestuelles, le tap pour sélectionner ou pour faire apparaître un menu, le swipe pour changer de page, la rotation pour faire pivoter l'affichage, le tap long pour revenir à l'écran d'accueil, le tap long suivi du drag pour changer l'ordre des icônes comme sur l'iPhone et la secousse pour écouter ses morceaux dans un ordre aléatoire.

Il faut remarquer qu'Apple propose désormais deux formes d'interaction sur ses petits iPod : le shuffle (59 € les 12,5 g) et le nano (169 € les 21 g).
C'est la synthèse vocale (VoiceOver) associée à la click wheel pour le shuffle et l'écran tactile pour le nano.
Qui va gagner d'après vous ?

mardi 5 octobre 2010

BlindType pour saisir du texte sur son ordiphone sans peur et sans reproche

C'est la première fois qu'une méthode d'entrée de texte fait autant du buzz aussi rapidement sur la Toile.

Je veux parler de BlindType.

Ce n'est pas vraiment la technique de saisie qui est commentée, mais l'annonce de l'achat par Google.
Il faut dire que ce qui freine depuis toujours l'essor des smartphones, tout comme avant des PDA, c'est la difficulté de saisir du texte avec ces petits systèmes et leurs minuscules claviers.
C'est déjà difficile sans bouger, mais en mouvement ça devient quasiment impossible de viser sans se tromper la bonne touche au doigt ou au stylet. Faire une seule erreur par mot, soit en moyenne se tromper de touches une fois sur 5, relève presque de l'exploit.
On comprend bien que Google, lancé dans l'aventure des smartphones avec Android", recherche la bonne méthode pour saisir du texte sans trop d'effort.
L'approche de BlindType semble intéressante car au lieu de supposer que vous saisissez sans erreur, BlindType part plutôt du principe que vous avez toutes les chances (façon de parler) de taper souvent sur les mauvaises touches. Avec BlindType, vous pouvez taper votre mot comme vous pouvez en appuyant sur les bonnes touches ou à côté, une bonne prédiction lexicale (en anglais) corrige vos erreurs.
On peut donc taper sans faire trop attention, c'est à dire taper très vite, à la fin de chaque mot, vous faites un swipe (geste de glissé du doigt) et BlindType affiche, en principe, le bon mot. Vous pouvez toujours refusé le mot proposé et choisir dans une liste d'autres propositions dont, en début de liste, le mot que vous avez réellement frappé.
Un exemple, si vous tapez successivement sur les touches "e t t o y s", après un swipe, c'est le mot "errors" qui sera inséré dans le texte (sur la photo, en tapant "f u b", c'est le mot "fun" qui est affiché).

Vous pouvez penser que BlindType se limite à un bon module de prédic-tion lexicale. C'est plus que ça, avec BlindType, vous pouvez taper sans clavier virtuel affiché à l'écran, en tapant n'importe où sur l'écran et en tournant votre smartphone (cf. photo).
Ce n'est tout de même pas commun.

Les commentaires sur le net sont assez élogieux. Comme d'habitude, on trouve les classiques (et peu inspirés) "awesome", "huge", "cool", "stuned" et le fameux "WOWWW".
L'inventeur de BumpTop juge dans un tweet BlindType de "frickin' amazing" et un autres s'exclame "omg" (Oh My God).

C'est la consécration, cette méthode n'est même plus reconnue comme une bonne idée humaine, mais carrément d'essence divine !
Google a bien raison de sauter dessus aussi vite pour porter Androïd au 7e ciel.


Regardez la vidéo, la frappe est rapide, pour bien comprendre vous devrez jouer du pause/play.