lundi 27 août 2012

Les bons artistes copient, les grands artistes volent

Mais qui a pu bien dire "les bons artistes copient, les grands artistes volent" ? Un indice, c'est un des génies du XXe siècle, un grand créateur.
Apple iPhone 4 vs Samsung Galaxy S
Qui a dit Steve Jobs ?
Perdu, c'est Pablo Picasso.
Steve Jobs a juste repris (ou volé) la phrase de Picasso.
Dans une interview en 1996 (voir la vidéo), il déclarait "Good artists copy, great artists steal", ajoutant "we have always been shameless about stealing great ideas".
Si on s'arrête à ces deux phrases, comme beaucoup le font, on comprend que Jobs incite à copier et voler sans vergogne les grandes idées des autres. C'est à partir de cette interprétation que certains, atteints d'applelophobie, expliquent que Jobs n'est pas un inventeur, mais juste un sale copieur. La preuve, pour le Mac, il se serait contenté de copier la GUI de Xerox (mais la vérité est un peu plus compliquée).
Dans la suite de l'interview, Jobs précise sa pensée, son idée c'est qu'il faut prendre ses idées en dehors de l'informatique, regarder ailleurs, "se mettre en contact avec ce que les êtres humains ont fait de mieux, puis à tenter de l'intégrer à ce que vous faites".
Un exemple, on peut reprendre l'idée de la palette du peintre et l'intégrer dans un logiciel en tant que nouvelle forme de fenêtre de commandes. C'est ça voler une superbe idée, la prendre du monde réel et la transposer dans le monde numérique.
En revanche, reprendre dans son smartphone, le rebond des pages de l'iPhone ou encore le pinch and expand à une main pour zoomer, c'est une copie peu glorieuse.
C'est ça que pensait Jobs.
Si en plus, ce type de rebond ou cette forme de zoom est protégé, en les copiant, le risque est grand aux USA de se faire condamner. Samsung le savait et Jobs avait assez dit qu'il engagerait une "guerre thermonucléaire" et dépenserait jusqu'à son dernier dollar pour poursuivre les copieurs (c'était initialement contre Google au sujet d'Android).

Apple avait bien déposé un brevet en 2006 sur les gestes à plusieurs doigts sur un écran multi-touch (US 2007/0152984 A1).
Figure 1 du brevet Apple pour illustrer le zoom avec le pouce et l'index.
Dans la partie "Overview of Multi-Touch Input Operations", on peut lire "One or more fingers can be used to perform operations on one or more graphical objects presented in GUI, including but not limited to magnifying, zooming, expanding, minimizing, resizing, rotating, sliding, opening, closing, focusing,...  and any other operation can be performed on a graphical object. In some embodiments, the gestures initiate operations that are related to the gesture in an intuitive manner. For example, a user can place an index figure and thumb on the sides, edges or corners of the graphical object and perform a pinching or anti-pinching gesture by moving the index figure and thumb together or apart, respectively. The operation initiated by such a gesture results in the dimensions of the graphical object changing. In some embodiments, a pinching gesture will cause the size of the graphical object to decrease in the dimension being pinched. In some embodiments, a pinching gesture will cause the size of the graphical object to decrease proportionally in all dimensions.  In some embodiments, an anti-pinching movement or de-pinching movement will cause the size of the graphical object to increase in the dimension being anti-pinched...".
Si le brevet envisage de faire toutes les opérations possibles sur un objet graphique avec des gestes à plusieurs doigts. C'est l'opération zoomer-dézoomer qui est pris comme exemple, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ont envisagé pas mal de réalisations de cette commande (sur une dimension, toutes les dimensions, proportionnelle ou pas...).

Apple avait donc bien breveté le pinch (pince) pour zoomer sur une petite surface multi-touch. Vu ce qu'est la loi américaine sur les brevets, ce n'est pas étonnant que Samsung soit condamné pour avoir repris dans ses produits, concurrents de l'iPhone, exactement le même geste que celui décrit avec précision dans le brevet Apple.
Je ne dis pas que c'est normal ou bien fait pour Samsung, mais seulement que le verdict n'est pas surprenant... surtout si on considère que le zoom n'était qu'un exemple de copie délibérée reprochée à Samsung (il y avait aussi la forme des icônes ou le rebond en fin de page).

Pour revenir à Picasso, Samsung en copiant quelques idées reste tout de même un bon artiste et on ne peut qu'espérer qu'il devienne un grand, et qu'il nous propose de futur produits vraiment innovants.
Je crois que Samsung en a les moyens (financiers et technologiques) et je pense même que la pomme risque un jour ou l'autre de se faire croquer par le tigre coréen.

dimanche 27 mai 2012

Leap : tout le monde en parle même si personne ne l'a utilisé

Leap : petit boitier mais gros buzz
Le buzz Leap
Le nouveau dispositif dont parle la planète techno depuis quelques jours est Leap. En quelques jours, les reviews ont pullulé sur le net, de curieuses critiques puisque personne n'a pu encore utiliser le système.
On ne trouve donc dans ces articles que des informations copiées-collées du site de la start up Leap Motion (déclarations louangeuses, caractéristiques sidérantes, vidéos promotionnelles).

A défaut de réel essai du dispositif, ce qu'on nous vend, c'est avant tout une histoire. On nous apprend que le fondateur, David Holz, est un génie des mathématiques. Il avait réalisé au lycée un système acoustique utilisé maintenant par l'amée américaine pour détecter les snipers e, en plus, il  a travaillé pour la NASA. Le co-fondateur et CEO, Michael Buckwald, avait lui lancé la start up Zazuba quand il était en licence à Georgetown University.
On a eu Hewlett & Packard, Gates & Allen, Jobs & Wozniak, Page & Brin, ... voici maintenant la fabuleuse histoire de Holz & Buckwald.

Auto promotion
A lire leurs déclarations, à n'en pas douter, une nouvelle ère de l'interaction homme-machine va commencer.
Leur objectif est clair "tuer la souris", personnellement j'y ai renoncé, c'est mon chat qui s'en occupe.
Eux, ils affirment sans nuance qu'ils vont "changer le monde",  qu'ils vont "éclipser la Kinect" et assure que "Leap est plus précise que la souris, aussi fiable que le clavier et plus sensible que l'écran tactile".
Il va vraiment falloir que leur système soit exceptionnel sinon la déception sera grande chez ceux qui ont pré-commandé Leap (70$) sur la base de leurs simples paroles et de quelques vidéos de démonstration.


Comment ça marche ?
La meilleure présentation de Leap est certainement celle de Technology Review (une revue du MIT).
Leap analyse vos gestes dans un volume de 8 feet de côté avec une précision d'un centième de millimètre. Leap est  200 fois plus précis que Kinect si bien que le moindre mouvement d'un doigt est instantanément détecté. La latence est très faible ce qui fait dire à Holz "qu'il n'y a plus de distance entre la pensée et la réponse du système".
Leap Motion ne révèle rien sur la technologie du dispositif. C'est probablement un capteur optique à base de LED et de caméras infrarouge (peut-être des LIDAR infrarouge).

Quoi de neuf par rapport à Kinect ?
La principale différence avec Kinect, c'est que les gestes se font au voisinage immédiat du boitier alors qu'avec Kinect, on bouge à quelques mètres du dispositif.
Sur les vidéos, Leap est près de l'écran et du clavier et l'utilisateur bouge ses bras dans le vide devant l'écran.
Même si Leap est rapide, précis, fiable et pas cher, il n'est pas sûr que les utilisateurs accepteront d'agiter les bras dans l'air pour interagir avec le système... à moins qu'ils ne veuillent gonfler leurs biceps et leurs pectoraux.
Remuer, sauter, danser debout devant sa Kinect dans son salon ne pose pas ce problème.

Je ne suis donc pas loin de penser que ça pourrait marcher si Leap Motion sort une LeapFit pour parfaire ses biscoteaux, mais beaucoup moins sûr que Leap va, comme ils le disent, éradiquer les souris et supplanter les pavés tactiles.

mercredi 4 avril 2012

Windows 8, tu parles d'une tuile !

À partir de 1980, on a utilisé l'acronyme WIMP pour désigner les interfaces graphiques, des interfaces composées de fenêtres, icônes, menus et manipulées par un pointeur (le plus souvent une souris).
Depuis plusieurs années, post-WIMP désigne les interfaces du futur sans qu'on sache vraiment définir à quoi elles ressembleront et comment on les manipulera.

On avait bien noté une tendance générale à la tactilisation (smartphone, tablette, table...) et encore plus récemment à la gesticulation (wii, kinect), mais on ne savait pas trop comment allait évoluer l'interface de nos PC.

Interface Metro.
Avec Windows 8, on commence à avoir une réponse : plus de fenêtre, plus d'icône, plus de menu, plus de pointeur. Ça sent vraiment la fin du WIMP et c'est le début des tuiles !
Avec Windows 8, on passe de l'interface Desktop à l'interface Metro.
Il faut dire que la métaphore du bureau (desktop) qui avait inspiré les interfaces WIMP s'était perdue au fil du temps et qu'il n'y a plus que les pionniers des interfaces graphiques qui voient encore un bureau en regardant leur écran sous Windows. Que l'interface Desktop cède du terrain est bien normal.

L'interface Desktop de Windows 8  propose encore fenêtres, icônes et menus, mais avec l'interface Metro, les applications fonctionnent en plein écran, disparue alors la fenêtre, tout comme les menus déroulants. Quant aux icônes, composantes qui justifient à elles seules le nom d'interface graphique, elles sont justement remplacées par des tuiles.

Informations dans le métro de Seattle.
Ce qui change profondément avec Metro, c'est que l'interface ne repose pas sur une représentation graphique symbolique, une icône, mais trouve sa source dans un langage typographique.
Metro n'est pas un concept nouveau chez Microsoft, il remonte à Encarta et MSN, il s'inspire de la signalisation du Metro de Seattle (siège de Microsoft).

Principes de Metro.
L'idée est d'avoir à l'écran une tuile facilement identifiable et informative pour chaque application. L'accent est mis sur les données représentées avec une typographie claire et cohérente qui évoluent dynamiquement en fonction du contexte. Par exemple, la tuile de l'application de messagerie informera sur le nombre de nouveaux messages alors que l'application de météo affichera la température du moment.

Bref, on simplifie en se ramenant à un composant graphique unique, la tuile qui privilégie l'information textuelle.

Notons, tout de même que ce n'est pas nouveau et que ce n'est pas propre à Microsoft, sur nos smartphones et tablettes, les icônes semblent bien proches des tuiles Windows et sont déjà souvent associées à une information textuelle dynamique. Le récent brevet d'Apple pour ses icônes de notification est dans le même esprit.
Brevet Apple pour les icônes de notification.

La particularité de Microsoft avec Metro est d'aller un peu plus loin sur la voie de la cohérence des interfaces entre systèmes interactifs différents (smartphone, tablette, PC, table).

Certains n'aiment pas du tout l'interface Metro qu'ils jugent laide, criarde, inutile et inefficace. Ils pourront toujours switcher sur l'interface Desktop. Il suffit de taper sur la tuile Desktop.

Les francophones pourront toujours s'amuser en constatant que Windows leur réserve bien des tuiles. Quelle tuile! (en anglais, ça ne fonctionne pas, c'est What a blow! et pas What a tile!).

dimanche 29 janvier 2012

Samsung Smart Window : une fenêtre ouverte sur le monde numérique

J'ai souvent affirmé que le tactile allait conquérir pas mal de types de surfaces : les tables, les murs, les sols...
J'en avais oublié une : les fenêtres.

Au CES de Las Vegas, cette année, Samsung a présenté un prototype de fenêtre tactile vraiment séduisante : la smart window.

On est en plein dans la réalité augmentée avec cette fenêtre augmentée.

C'est étonnant que Microsoft, un des acteurs majeurs du multitouch avec Surface, qui doit sa "notoriété" à Windows, n'ait pas eu l'idée de faire une fenêtre tactile !

Rien n'empêcherait d'avoir Windows sur sa smart window.
Encore mieux, on pourra suivre les gazouillis des oiseaux (twitter) à travers cette fenêtre (voir vidéo).
Et quand l'écran deviendra tout noir, ce ne sera pas pour cause d'erreur système, c'est qu'on aura tout simplement fermé les volets.
Enfin, pour connaitre la météo, vous aurez désormais deux possibilités.
1- regarder par la fenêtre et se faire une idée du temps à l'extérieur
2- lancer le widget météo sur la smart window et se fier à ses prévisions.
En cas de désaccord, à vous de choisir !

La smart window répond qu'à moitié au concept de fenêtre, c'est bien une ouverture dans un mur qui laisse passer la lumière, mais qui ne laisse pas passer l'air.

Si cette fenêtre reste toujours fermée dans le monde physique, son intérêt est bien d'être toujours ouverte sur le monde numérique.
video


mercredi 4 janvier 2012

Du tactile, au sensuel, du sensuel au sexuel, il n'y a qu'un doigt

Une enquête Ipsos (1) m'amène à poser cette question :  est-ce que les interfaces tactiles sont responsables du désintérêt relatif des hommes pour le sexe ?
Cette enquête montre que 39 % des hommes avouent rechercher du plaisir en jouant avec leur téléphone ou leur tablette alors que seulement 36 % privilégieraient le sexe. Arriveraient ensuite la musique, le sport et les voyages.
L'enquête ne dit pas si faire du sport en voyage en écoutant de la musique permet d'atteindre le nirvana.

C'est tout de même un fait nouveau dans l'histoire de l'humanité, plus précisément dans celle de l'homme.
Cela tient, en partie, aux interfaces tactiles. A force de caresser ces dispositifs, l'homme y a pris du plaisir.
Avec l'interaction tactile, on est passé du pilotage de souris à l'effleurement de l'écran, du contrôle moteur au contrôle sensuel. Du sensuel au sexuel, il n'y avait qu'un pas ou plutôt un doigt.

Dans le magazine CQ, le témoignage de Xavier, 32 ans, est sans ambiguité : "Je dois reconnaître que passer du temps sur mon iPad est une expérience quasi érotique. Ma copine râle parce que je l’emmène au lit et que je n’en décolle pas de la soirée. Alors qu’avant, quand je prenais un bouquin, j’en lisais quelques pages et puis je lui sautais dessus…".
Voilà un avantage de l'iPad (et aussi des liseuses numériques) sur le livre qu'on n'avait pas encore bien mesuré !

Le contact de l’écran tactile serait plus réconfortant que celui des fesses de sa compagne ou de son compagnon selon le philosophe Vincent Cespedes. Tant qu'à caresser, autant choisir l'objet qui minimise le risque de frustration. Pour l'homme moderne, le sexe est perçu comme une prise de risque, à chaque fois l'échec est toujours possible. À l'inverse, l'iPad est bien plus rassurant, déstressant. On ne peut pas perdre.

Vous penserez que ce comportement s'explique par l'évolution de l'homme qui au fil du temps a délaissé son obsession sexuelle primitive pour des activités plus spirituelles.
Sans doute, mais l'homme n'a pas pu évoluer si rapidement,  en quelques années, depuis que Steve Jobs lui a révélé l'iPhone (2007). S'il trouve aujourd'hui tant de plaisir avec ses appareils numériques tactiles, c'est bien parce qu'il fait l'expérience d'une interaction sensuelle, physique, digitale, dont il ne s'est pas encore lassé.

(1) Enquête Ipsos-Menstyle.fr menée sur 300 hommes CSP+ de 25 à 49 ans.



lundi 2 janvier 2012

Que dire : smartphone, ordiphone ? Pourquoi pas MC ?

Les smartphones continuent de conquérir de plus en plus d'utilisateurs, tant et si bien qu'au cours de l'année 2011, ils ont dépassé en Europe, en termes d'unités vendus, les téléphones mobiles traditionnels.

Cela prouve qu'en moins de 4 ans (l'iPhone date de 2007), ces systèmes sont passés du statut de gadget à celui d'indispensable appareil numérique.
Je ne veux pas dire qu'on ne peut pas vivre sans, mais ceux qui sont déjà équipés n'envisagent pas de s'en séparer (comme disait Paul Auster "Une fois qu'on a goûté au futur on ne peut pas revenir en arrière") et les autres constatant leur utilisation massive en tout lieu et à toute heure finissent par s'équiper lentement mais sûrement.

Le smartphone apparait de plus en plus comme l'appareil numérique utile voire comme un substitut au PC. Dans le même temps, il est perçu de moins en moins comme un téléphone mobile.

D'où la question que j'avais déjà posée en 2009 sur le nom qu'il faut donner à ce type d'appareil (How do you say smatphone in Frennch?).
Peut-on, en 2012, continuer de parler de smartphone ?
A mon avis non et pour plusieurs raisons :

  • c'est de moins en moins un "phone", on fait de plus en plus de choses avec, on utilise des dizaines d'applications et la fonction "voix" est devenue secondaire (tout comme son coût dans le prix du forfait)
  • de plus la voix ne sert plus seulement à téléphoner mais désormais à communiquer avec l'assistant vocal (Cluzee sur Android, Siri sur iPhone)
  • en français, le préfixe smart reste énigmatique pour le plus grand nombre et sa traduction standard en téléphone intelligent est bien prétentieuse
  • en 2009, la Commission générale de terminologie et de néologie a choisi le terme ordiphone, si souvent ses choix sont discutables, ici le terme, contraction d'ordinateur et de téléphone, est plutôt bien choisi.
Ordiphone a donc l'avantage d'être concis, explicite et en plus "officiel", son seul inconvénient doit être son manque d'exotisme par rapport à smartphone.

Il y aurait une autre façon qui me semble intéressante de désigner ce type d'appareil.
Il y a 30 ans, l'ordinateur qui, d'une certaine manière, a révolutionné l'informatique a été le Personal Computer d'IBM, vite dénommé PC. Ce qui le caractérisait, c'était d'être un ordinateur pour une seule personne à usage professionnel et tenant sur le bureau (ces trois points le rendait vraiment novateur).
Aujourd'hui, rebelotte, l'ordiphone révolutionne l'ordinateur. Il nous donne accès à une flopée d'applications en mobilité.
Par analogie, on pourrait le qualifier de MC pour Mobile Computer (Mobile faisant référence à l'usage nomade et à la fonctionnalité de téléphonie mobile).
Pourquoi ce sigle encore plus court que le mot ordiphone n'aurait pas le même succès que son ancêtre, le PC ?

En plus, c'est un terme universel, on dit PC en anglais, en français comme en japonais, on pourrait bien dire MC dans toute les langues.